Facteur pour femmes livre 2

Cœurs et corps meurtris

Facteur pour femmes – le livre 2 – de Didier Quella-Guyot, scénariste et Manu Cassier, dessinateur

Revenir sur ses terres.
Retrouver sa famille, son logis.
Son île souvent perçue comme une prison mais devenue paradis dans les mémoires des combattants.

Juin 1914, tout a basculé sur cette île bretonne. Pêcheurs, paysans, curé et instituteur meurent pour leur patrie. Après le désespoir, leurs épouses n’ont pas d’autres choix… que de retrousser leurs manches. De mois en mois, d’année en année, chaque partie du corps de celui qui partageait le lit clos, parfois haï, souvent désiré, n’appelle plus leurs sens. C’est près de Maël, jeune facteur réformé que ce plaisir renaît – lire le livre 1.
Dans les tranchées, une carte postale postée par Maël, serrée fort dans les mains tremblantes, porte la souffrance des soldats.
1918, quelques survivants rentrent. Reprendre l’ouvrage et reprendre sa place au sein du foyer. Pourtant tout a changé sur cette petit île ; plus rien ne ressemble à la photo jaunie ou à la carte postale cornée. Il y a de lourds secrets que les femmes plus fragiles n’arrivent plus à garder.

Se libérer de l’oppression

Le retour des îliens pour ce second tome bouscule de nouveau le quotidien des travailleuses. Elles ont lutté et aussi combattu. La guerre ne s’est pas faite par les armes mais par les outils, la sueur, la solidarité. Dans les champs, sur le front de mer, par tous les temps, elles ont lutté pour survivre. Elles souhaitent la paix. La bataille reprend au retour des maris. Certaines n’auront de cesse de se libérer de cette oppression. La liberté elles l’ont gagnée par la sueur du labeur.
L’après-guerre n’a rien d’idyllique. L’émancipation reste encore réservée à une classe sociale. En Bretagne et dans toutes les campagnes de France, les femmes se heurtent aux refus des hommes de reconnaitre l’égalité.

Coiffes, costumes et patrimoine breton

Toujours curieuse (oui je sais ça fatigue mon entourage), il a bien fallu que je sache où se passe cette fiction. J’avais en tête depuis le début qu’elle se passait à l’Ile de Sein. Vous allez me dire Quelle importance ! Oui et non. La terre, les éléments, la situation géographique. Tous ces éléments sont importants. Ils définissent un territoire où une population s’adapte à la région et se forge un caractère.
Ma copine Nolwenn, reine de Cornouaille dans les années 90 (je sais plus si c’est 91 ou 99), pense que ces coiffes joliment dessinées par Manu Cassier, proviennent du Pays Vannetais et plus particulièrement de l’Ile de Groix. J’ai pour cela suivi un tuto de 15 min sur la pose de coiffe groisillonne… Maintenant je peux vous poser une coiffe sans vous transpercer le crâne. Enfin on ne va pas s’exciter tout de suite quand même !

Les auteurs

Didier Quella-Guyot, scénariste, Professeur de lettres, auteur d’ouvrages pédagogiques et critique de bandes dessinées collabore pour le premier tome de Facteur pour femmes avec Sébastien Morice, dessinateur, né à Vannes en 1974.

Pour le numéro 2, Didier Quella-Guyot s’associe avec Manu Cassier, dessinateur, né à Paris en 1972. Sa première collaboration avec Didier donne naissance au livre Esclaves de l’île de Pâques, paru en 2018.

Dualité de paysages, de caractères…

Pour ce second opus, même scénariste, Didier, dessinateur différent, Manu.
En feuilletant les pages du livre 2, j’ai rapidement saisi des mines plutôt inquiètes, de la tristesse voire de la colère. Les personnages semblaient soucieux.

Effectivement, ces auteurs n’ont pas donné le rôle de Belle des champs à nos héroïnes. Et c’est ce qui m’a plu. Autant le premier tome semble idyllique. Peut-être romantique je dirais. Autant l’univers de Manu Cassier est plus mélancolique.
Facteur pour femmes 2 m’a semblé plus brutal. Vivre sur une île n’a rien de facile. Les corps et les humeurs se heurtent parfois au dur quotidien (cela ne veut pas dire que ce n’est pas magnifique et enrichissant d’y vivre). Cela a résonné beaucoup plus en moi, la bretonne que je suis.
Ces deux tomes se complètent parfaitement ! Le romantisme de la Bretagne et toute sa dureté. Deux très beaux ouvrages.
Comme une femme, comme un homme, ce qui fait de nous notre originalité !
Avec plaisir, je serais heureuse d’offrir ces deux tomes aux éditions Bamboo si vous pouvez vous rendre sur Quimper (j’aime quand les livres continuent à vivre). Pour cela un mail à jupettedejeannette Arobase gmail point com 🙂

Femmes de nos îles bretonnes

une BD historique lors de la première guerre mondiale, sur une île bretonne.

Facteur pour femmes

facteur pour femmes – scénario Didier Quella-Guyot – dessins Sébastien Morice

28 juin 1914, les hommes les plus vaillants d’une petite île bretonne sont appelés à la guerre. Reste Maël, un homme un peu perdu, un peu bancale, surtout mal aimé. Lankou a soufflé trop fort sur l’ombre maternelle le jour de sa naissance.
Maël ne marche pas vite mais pédale fort. Les anciens restés sur l’île lui confient alors la distribution du courrier.
Des lettres des soldats du front, Maël vivra par procuration.
Reste Maël et les femmes. Mélangeant fantasmes et réalité, il reprend vie pendant que d’autres la perdent. Le curé du village missionné, plus de confesse à l’église, les secrets se dérobent derrière les plis des enveloppes cachetés…

Sensualité bretonne

Au fil des jours, des mois, les peaux se touchent : « Alors la fougue de son ventre vient se pâmer au pied du phare, dans un éclaboussement haletant et blême… ses soupirs et ses petits cris se mêlent à ceux des mouettes… bientôt c’est l’étale… Nolwenn rêve à nouveau de grandes marées… ».

Sensibilité féministe

Ces femmes au service de la nation participent à l’effort de guerre. Les champs sont cultivés, les bêtes soignées, les étables nettoyées. Elles remplacent les hommes. Prémisses des mouvements féministes, c’est aussi à travers leur corps qu’elle revendique leur liberté.

Tout m’a charmée dans cette BD historique. La beauté des traits, les couleurs, l’histoire de Maël à la fois cruelle, tendre, comme un bonbon caramel collé aux dents… ces éléments naturels, ces caractères mêlés comme tous ces contrastes des côtes bretonnes. Menaçantes. Dérangeantes. Fragiles. Magnifiques. Sincères…

Le livre a reçu le grand prix de la BD bretonne au festival Penn ar BD à Quimper aux éditions Grand Angle, en 2016.
lire l’article et découvrir la magnifique affiche de Morice

Le tome 2 paru début mars 2021 porte un secret. Et les secrets enfouis ne tardent pas à ressurgir. ça cause toujours dans nos petits bourgs bretons.
Je vous en parle très vite.
En cette période compliquée, j’espère que vous arrivez à vous évader.
Prenez bien soin de vous

Sur la route 66 d’Éric Sarner

Que reste-t-il du rêve américain ?

Sur la route 66, Petites fictions d’Amérique

« L’espace américain sidère. On a beau l’avoir vu cent fois au cinéma et même l’avoir physiquement traversé, la nature vous y attrape chaque fois à la gorge. »

Eric Sarner

Eric Sarner est journaliste, poète et aventurier. Ces trois caractéristiques m’intéressent. Il est rare qu’on place à côté du mot journaliste le mot poète. Comme si cela était trop abstrait, ne rentrant dans aucune case. Triste uniformisation sociale.

Né en 43 à Alger, il écrit, filme, raconte, nous aide à nous interroger et à rêver.

Le voyage peut être douloureux car il ne livre pas toute la magie attendue. Les rencontres ne se font pas, la tension est palpable, les rues sont vides et même la lumière vous oppresse ou vous évite. Lorsque j’ai embarqué dans sa voiture à Chicago j’étais pleine d’espoir. Au fil des pages, je me suis demandée ce que je foutais là à trainer dans des motels, des souvenirs de la 66 made in China. Les petites fictions de Monsieur Sarner glissaient sur moi. J’avais envie d’un billet retour. Les Amériques c’est pas pour moi.

Rêve ou cauchemar ?

Et puis je me suis accrochée à la portière. Ce n’était pas possible de finir au beau milieu de cette route comme une chienne abandonnée par ses maitres en plein mois d’août. Je me sentis mieux au Nouveau Mexique et aux milieux de ces grands espaces, à l’Ouest toute. Une Bretonne a besoin d’horizon.

Rester deux nuits à El Rancho hotel à Gallup. Rencontrer le peuple Zuni. Relire les passages sur le Diablo Canyon. Se renseigner sur quelques sites sacrés des Navajos et des Apaches.
S’éterniser en Arizona. Flâner à Flagstaff mais éviter ces shops d’armes, dormir à l’hôtel Monte Vista et trembler aux moindres craquement de poutres.
Partager une ou deux bières avec Ana Maria à Seligman ferait aussi partie de ce voyage à la Sarner…

Je garde précieusement ce livre. Il fera partie un jour j’espère de mon road trip.

Découvrez aussi son documentaire pour France 5, lauréat de la Scam en 2007.

Que reste-t-il au bout de la route, ici, à 3 645 km de Chicago ?
J’ai aimé comme toujours la route pour elle-même, comme une image de la vie. Chez les personnes, j’ai aimé cette spontanéité, leur générosité immédiate dans la communication. La plupart du temps, je me suis senti étranger dans les grandes villes, chaque fois que je sortais de la vieille 66. Alors est-ce un pays que j’ai regardé ou plutôt un rêve que j’ai suivi. Comme si en choisissant une route démodée, j’avais traversé une Amérique idéale, presque une illusion…

Eric Sarner – La route 66, le rêve américain

Culture, ne renonce pas

Culture en période de crise, la sacrifiée

La situation est préoccupante mais ce qui nous attend m’inquiète encore un peu plus. Lisez ce texte de 2012, La culture et la crise de Jérôme Clément, ancien président d’Arte (texte toujours d’actualité).

Il commençait par « Il faut de toute urgence que la culture fasse de nouveau irruption dans la politique. » Je tressaille en lisant cette phrase. Avait-on pensé en 2012 au pire scénario ? Culture, toute forme de culture.. Vont-t-elles subsister ?

Ce qui m’inquiète est que la culture, dans toute l’Histoire, est la première à souffrir en période de crise. Pourtant elle est « indispensable dès le plus jeune âge pour réduire les inégalités et donc les chances d’accéder à une place dans la société, à l’heure où celles-ci s’accroissent et où une partie de la population s’appauvrit » comme le rappelle Jérôme Clément.

Elle permet l’imaginaire et aide à traverser les troubles. Troubles collectifs et individuels.
Un souvenir apparait. Je revois ma lolita, ma petiote rentrant dans l’adolescence.

Des places de concert pour grandir ensemble

Festival des Vieilles Charrues Eté 2016 : un des moments les plus forts vécus en famille. Il faisait très chaud, nous avions cassé la tirelire et le budget vacances pour s’offrir les places. Un peu anxieux car la lolita nous accompagne. Une première pour elle.. et pour nous les parents.

Une fois à l’intérieur du site, la pression baisse. L’ambiance est festive et on se sent en sécurité. La miss est si heureuse. Nous n’avions pas vraiment évalué ce qui allait se passer.
Jain sur la scène. Un son, une voix, et c’est parti ! Notre petit bout de femme se fond rapidement dans la foule avec joie et excitation. Nekfeu. Les mots, les textes, les sons, toutes ces émotions qu’elles ne pouvaient pas nous dire ou exprimer, explosent dans une grande liesse.
Elle a reçu une dose de vie et a vu d’autres jeunes pour la première fois partager avec elle ses mots, ses doutes d’ados. Une communion qui a participé sans aucun doute à sa construction. Sans jugement. Voilà ce qui s’est passé. Ce n’est pas mesurable, c’est si énorme. Voilà la culture. Rassembler, aider à grandir et à se sentir moins seul (les parents grandissent toujours aussi un peu dans ces moments-là).

Le cinéma pour apprendre le monde

Me concernant le cinéma est ma perfusion culturelle. Il peut parfois m’amener à changer de vision sur le monde. Pour exemple, j’ai souvenir du film La Dernière Marche avec Sean Penn sur le thème de la peine de mort… J’étais jeune et je n’arrivais pas je l’avoue à me placer sur cette question. Ce film a été une révélation. Il y en a tant d’autres….

Je pourrais continuer la liste sur les livres, sur les roads books qui aident à voyager pendant les confinements. Etc. Etc.

Jérôme Clément termine son article avec un « Vite, vite, on étouffe ! »

Visionnaire ?

Croisons les doigts pour que toutes ces richesses ne s’envolent pas, par un souffle maladif.
Prenez bien soin de vous.
Ci-dessous un moment unique passé aux Vieilles Charrues.

Tribulations d’un con

Premier roman d’Héloïse Deschepper


Dès les premières pages je suis passée par les montagnes russes.
J’ai préféré le poser et reprendre mes esprits.

Peut-être que cet ascenseur émotionnel était provoqué par le fait que l’écrivaine et moi n’étions pas étrangères.

Héloïse c’est une histoire commune d’écriture sur le net, de bavardage de nos fenêtres pendant ces longues semaines de confinement, de plaisir partagé et d’un profond respect. Alors j’ai pris peur de ne pas être objective.
C’était idiot. Forcément cette fille me touche, me fait rire, m’intéresse. Ce livre est le prolongement. De sa plume, ses mots sont un cadeau pour ses filles, pour les hommes et les femmes que nous sommes. Dans nos imperfections, nos désirs, nos erreurs, aussi notre force à renaître.

Héloïse n’a pas peur du diable et de ses démons.
Elle libère les tabous. J’aime cela. Une force, une âme et une arme… remplie d’amour et d’optimisme, même si cela peut paraître amer.

La vie quoi ! Comme le chante si fort Cali.

Félicitations pour ce premier livre que j’ai vite repris et lu avec beaucoup de plaisir. Une nouvelle page s’ouvre.

« Les parfums d’un jardin qui s’éveille,
des grains de café qu’on emprisonne,
un vieux fou qui parle à sa mère,
un hors sujet dans une boîte à chaussures,
la spiritualité d’un bain de minuit,
les ados d’avant Internet,
la playlist de France Inter un jour de grève,
l’aérographie d’un clitoris jovial,
Un roman à l’eau de rose… Avec les épines ! »

DISPONIBLE SUR COMMANDE AUX EDITIONS 5 minutes pour moi toute seule

DéDalE rive gauche

Musée éphémère à Vannes dédié à l’art contemporain, street art, graffiti

L’art prend la rue

entrée de DéDalE
Gorille de bienvenue (si tu portes des baskets, c’est ok tu rentres)

C’est pas l’homme qui prend la mer mais l’art qui prend la rue.
Enfin la rue ! disons plutôt les couloirs des bureaux anciennement DDE, Direction Départementale de l’Equipement.
En 2018, une fois ses administratifs, ingénieurs et techniciens partis pour la croisade à l’ergonomie et autres chasses aux RPS, la ville de Vannes prête à un ingénieux collectif d’artistes (non grecs) les locaux : DéDalE (DDE) voit le jour.

Un musée éphémère

Artistes internationaux provenant du street art, du graffiti, du collage, du pochoir… ont créé pour DéDalE une œuvre souvent personnelle, parfois collective.
Ici un esprit pop déjanté, là un mal-être exprimé dans une pièce trop exigüe, au fond une explosion de couleurs sur fond de beuverie, à droite un arbre de vie comme une renaissance, à gauche une cellule de prison où fantasmes et hallucinations prennent place… j’ai adoré découvrir et traduit à ma façon ces créations si différentes. Même si parfois étourdie ; je sentais que j’étais pressée par le temps (un autre groupe attendait derrière).
J’aurais aimé pouvoir y retourner pour apprécier d’autant plus (mais les places sont prises d’assaut et il est difficile de trouver un créneau).

C’est ce qui fait la richesse de ce lieu. Des œuvres d’art qu’on aime ou que l’on n’aime pas, qui laissent place à l’imagination, à la découverte, à l’interrogation…
Pourvu qu’il ne reste pas éphémère. La Bretagne a BESOIN de ce type d’endroit ! pour laisser les artistes s’exprimer et offrir au public breton des lieux d’échanges. Je vous laisse apprécier quelques coups de cœur ci-dessous.
bonne rentrée à tous !

Dédale Café

Quelques créations parmi d’autres

Moner et Meyer artistes CARTEL 29 (Bretagne)
DARRY PERIER (Bordeaux)
PAKONE (Brest)
APHÖNE (Auray)
Sêma Lao (Limoges)
KELKIN artiste
SNOBE (Vannes)
Martin Bineau artiste
Stéphanie Kilgast (Vannes)
Stéphanie Kilgast (Vannes)
ZAG artiste (Morlaix)
SCAF Artiste
Installation des étudiants de l’IFAT
Œuvre flottante à l’entrée – depuis coulée par quelques imbéciles heureux

Darc en lumière, le film

Film documentaire réalisé par Marc Dufaud et Thierry Villeneuve, en salle le 24 juillet 2019. « il m’a fallu un peu de temps avant d’avoir envie de faire ce film… » nous confie Marc Dufaud. Sans doute qu’il faut aussi un peu de temps avant de réaliser le décès d’un homme tel que Daniel Darc.

Cinéma : Daniel Darc “Pieces of my life”

Réaliser sa mort comme réaliser son film. Lui qui cohabitait avec la faucheuse sans l’autoriser à le cueillir, cutter au poing. La pauvre prédatrice a souvent perdu son latin avec ce diablotin. Et ses amis ont dû s’habituer à ce borderline trip.

De longues bobines de films couleur jean délavé, la voix de Marc Dufaud nous raconte 25 ans d’amitié. Comme un cadet poursuivant son frangin rimbaldien, il refait vivre l’artiste punk parisien dans les ruelles et les salles de concert. Il revient dans son appartement vidé, ouvre la fenêtre pour nous offrir de son intimité.

Décédé en février 2013 à l’âge de 53 ans, Daniel Darc manque à ses potes mais aussi au public. Le film est beau et touchant comme ce garçon. Sa présence flegmatique caractérisée par son esprit libre tranche si joliment avec son âme d’écorché.

De Taxi Girl à Darc

Entre Daniel Darc et moi c’était souvent trop tôt ou trop tard. Taxi Girl trop tôt pour le suivre sur la route des concerts. Mais déjà je savais apprécier ses textes et notes rock dans le paysage de la chanson française comme Bashung et les Ritas.

1997 passe et avec elle l’album « Nijinsky ». Trop tard. Je n’ai pas de souvenir de leur tournée avec les Weird Sins et George Betzounis, guitariste.

Enfin le rendez-vous est pris. 2007, l’album Crèvecœur produit par Frédéric Lo. Je me souviens, je me rappelle l’écouter en boucle, et me dire enfin : ça fait du bien ! au lieu de nous servir de la… !

La fin des poètes

Est-ce la fin d’une époque, des poètes, des anticonformistes, des punks et rockeurs. La fin d’une génération. Reste quelques rescapés comme Arno, Thiéfaine…

Daniel Darc, une écriture sincère implorant ses démons, une écriture pour étouffer le diable et délivrer ses ancêtres des fils barbelés ensanglantés. Lui né dans une famille de déportés juifs. C’est auprès de son dieu qu’il trouve enfin le repos.

La vieille qui conduisait des motos d’Anne-France DAUTHEVILLE

Le 13 juillet dernier, Anne-France Dautheville présentait son dernier livre « La vieille qui conduisait des motos » à l’Ecole des Filles à Huelgoat. Anne-France Dautheville est journaliste, écrivaine, motarde et aventurière (les qualificatifs manquent ! tellement elle est inspirante). Elle est la première femme à avoir fait le tour du monde en moto, début des années 70.

Le livre pour (se rappeler) d’aimer la vie

Voilà maintenant une dizaine d’années que je fréquente l’Ecole des Filles à Huelgoat, lieu culturel en centre Bretagne. J’ai retrouvé trace sur mon blog d’un premier billet écrit en 2010. Cette ancienne école, tenue aujourd’hui par Françoise Livinec, a un impressionnant pouvoir d’attraction. Au-delà des conférences exceptionnelles proposées l’été, ce lieu a beaucoup de charme. Et les femmes et les hommes qui parlent de leurs œuvres, du monde, qui exposent leurs peintures, leurs dessins agrémentent l’école d’ondes positives par leur art et leur enseignement.

Voir des Vrais gens

Je l’avoue (et je le lui ai avoué) je ne connaissais pas Anne-France Dautheville la motarde. Je pourrais effectivement éplucher tous les blogs et les sites à la recherche de femmes motardes célèbres. Et vous copier-coller leurs histoires, photos, piquées sur Wikipédia. Oui mais non. Ça ne m’intéresse pas. J’ai besoin de me frotter à l’humain. Depuis mes dernières (rares) interviews, je suis devenue accro. J’aime « me frotter » à la chair humaine. L’enrichissement personnel est multiplié par 150 dix milles. Même une déception (gentil sur le papier mais en direct un vrai blaireau avec toute sa machinerie…) est profitable ; ça aide à grandir. On me dit souvent que je suis une femme enfant. C’est le plus beau compliment que l’on puisse me faire. En effet, j’ai encore de belles choses à apprendre et des gens formidables à rencontrer. L’innocence m’apaise.

La conférence du 13 juillet 2019 : Rêve et réussite

Le jour de la conférence, nous sommes arrivés en avance. Je n’avais pas remarqué qu’elle s’était assise en face de nous en attendant de rejoindre son pupitre. Je ne sais pas si c’est un hasard, mais elle s’est retournée au moment où mon cher et tendre me demande (en me montrant une page du programme de l’été) si c’est bien « cette jeune écrivaine qui couche avec Marc Lavoine ». Petit moment de solitude lorsqu’elle se lève et rejoint l’estrade. Elle s’est peut-être dit qu’on était deux gentils abrutis…

L’entrevue débute. Elle commence par nous parler de lichen trouvé dans la forêt d’Huelgoat. J’avoue me sentir désorientée dès les premières secondes. Puis Symbiose, Entraide, Interdépendance, Différence, Amour aussi… voilà je suis embarquée, l’engrenage du circuit prend vie. Anne-France Dautheville parle avec poésie. Elle manie les mots, les sons avec finesse et beauté. Avec elle, même la pire des grossièretés serait dite avec classe. Je n’ai pas cette qualité, je suis tellement brute de décoffrage. En l’écoutant, je me suis sentie plus légère, plus jolie. Elle me ravit.

Séance Dédicace

Moment mortifère. Son livre à la main, l’héroïne offre de son temps pour une séance dédicace. Mes muscles commencent à se crisper et tous mes neurones foutent le camp. Les salauds. Ils se tirent, galopant, les lâches. Je suis là comme un rond de serviette qui s’accroche à son bouquin (j’existe j’ai acheté !!). Qu’est-ce que je vais lui dire !… alors forcément on dit toujours des conneries. Dans le fil de la conversation, elle me dit quelque chose qui m’a un peu secouée (mais j’aime ça, ça me remet d’aplomb) : je lui dis que « c’est courageux ! qu’est-ce que j’aimerais le faire… partir en moto dans des pays lointains… mais j’en serais incapable ! j’ai trop peur »… elle me répond du tac au tac « si les gens ont peur c’est qu’ils ne sont pas fait pour cela ». Je suis déçue de cet échange. Car d’une part, ma remarque était idiote, je n’ai pas peur des gens, de partir, d’aller à la rencontre de.. d’autre part, c’est une peur exprimant la peur de manquer. Manquer d’argent pour une réparation, manquer le virage… que la famille me manque (venez me chercher, je suis coincée dans un fossé !!). C’est mon petit confort de vie, rempli d’amour qui me ramène sur le chemin du garage. Alors peut-être que je ne suis pas faite pour cela… mais je ne suis pas convaincue, qui sait…

« La vieille qui conduisait des motos » mais pas que

Son livre parle de son road trip en moto. Pour ses 60 ans, elle enfourche sa teutonne, une 800 BMW, et part faire le tour des copains. Pour son passage auprès des amis, elle demande « une cuite et un gâteau » sinon rien. J’ai adoré son livre plein de clins d’œil, d’humour, de sensibilité, d’humanité. Quelle force, quelle singularité, quel optimisme. Cela faisait longtemps qu’un livre ne m’avait pas redonné vie et le goût de lire.

Il parle de motos, de rencontres, aussi de société, de psychiatrie, de croques monsieur, de féminité, de vieillesse, du temps, des arbres, de sexe un peu aussi !

Extraits

« …Depuis quelques années, notre société opère une immense mutation. Nous étions bien tranquilles à l’intérieur de nos frontières quand le monde a déferlé chez nous. Des immigrés avec ou sans papiers, des produits moins chers qui torpillent nos productions, des idées qui bousculent nos certitudes. Nous vivons petit, il nous faut penser grand. Toutes les sociétés qui mutent se radicalisent, se recentrent sur des peurs…»

« …Tu seras un homme, ma fille ! Cette phrase n’a jamais été prononcée, mais elle résume mon éducation. Les femmes convenables sont des êtres incapables de réflexion, de discipline et de compétence. La preuve : celles qui gagnent de l’argent sont des Juives ou des grues. Je suis partie dans la vie tout de travers, corps de femme, goût des hommes, interdite de féminité… »

Merci

Merci à elle pour tous ces partages de bonheur et de doute. Je suis fan.

Douleur et Gloire de Pedro Almodovar

Almodovar a le pouvoir de balayer tout préjugé avec beauté et passion. Ces long-métrages nous réapprennent à apprécier la complexité des hommes et des femmes… nous parlent avec poésie de famille, de mort et de désir parfois destructeur. Douleur et Gloire de Pedro Almodovar est un film sensible sur la vie, qui parle à tous.

Une rencontre, un échange, les premières minutes sont cruciales. On parle même des premières secondes. Cette théorie me met mal à l’aise. Notre besoin de tout analyser et maîtriser ses sentiments si vite. Pourtant, les 10 premières minutes de Douleur et Gloire m’ont semblé ternes, fades avec cet acteur déprimé dans un décor kitch. Je me suis demandée ce qui m’avait poussé à m’installer dans ce fauteuil rouge ciné. Me farcir un film pour de dépressifs retraités pendant deux heures était ma dernière bonne mauvaise idée. Et puis, c’est tout mon corps qui s’est connecté avec l’acteur. Antonio Banderas. Ses faiblesses et sa nostalgie m’ont touchée. Cette œuvre est puissante sans grand effet dramatique. Je l’ai trouvais juste et tellement humaine. Ce style romanesque décoré de couleurs vives et musiques latines ont apporté de la vie dans ces moments de mélancolie. Ce récit autobiographique raconté en présence de merveilleux acteurs mérite toute l’attention du public. En effet, j’ai oublié totalement qui était Antonio Banderas… et j’ai pensé à son réalisateur. J’ai mis de côté toute son histoire d’acteur. J’aime Antonio Banderas mais je l’ai toujours trouvé un peu rude, disons fort et avec (bcp) caractère. J’ai aimé ce rôle plus fragile. Son meilleur rôle. Je n’étais pas surprise lorsque le Festival de Cannes lui a décerné la Palme d’Or de la meilleure interprétation masculine.

Je suis ressortie de la salle en me jurant de ne plus (d’essayer..) juger les gens dès les premières secondes. J’ai retrouvé le gris des pavés de ma ville après la pluie. Ce gris était un peu teinté de rose et de bleu turquoise. Du soleil et le refrain de la chanteuse italienne Mina m’accompagnaient sur le chemin du retour. J’ai pensé (encore) à ces personnes parties trop vite, sans un aurevoir. Douleur et Gloire, ce film est beau car il aide à ne rien regretter et à pardonner. A tous ces gens.

Beach Break au Dossen // Café et Surfshop

Un shop, un café, une terrasse face à une île…le vent, la mer… qu’est ce qu’on est bien au Dossen. Premier surf shop dans la région de Morlaix, nous avons eu un coup de cœur pour ce lieu branché. Enfin en Finistère nord ! près d’un spot de surf apprécié, il était temps. Continuer la lecture de « Beach Break au Dossen // Café et Surfshop »